La carte postale ne ment qu’à moitié : la Cala Culip et le Pla de Tudela n’ont rien d’un secret jalousement gardé aux initiés. Pourtant, même les guides les plus bavards peinent à raconter la force brute de ce coin de Costa Brava, là où la roche et la mer s’entêtent à redessiner le paysage et où l’histoire humaine laisse dans les vagues ses traces effacées.
Les trésors cachés de la Cala Culip
Au nord du Cap de Creus, la crique de Cala Culip s’étire en un bras d’eau limpide, presque coupé du monde. Depuis le phare, quelques kilomètres suffisent pour atteindre ce décor minéral, où l’eau et la lumière jouent à cache-cache. Les plongeurs connaissent bien ce site : sous la surface, poissons colorés et gorgones rivalisent avec les anfractuosités rocheuses, véritables refuges pour une biodiversité farouchement préservée.
De 1962 à 2004, le Club Med a occupé cet endroit, laissant derrière lui une part de mystère. Longtemps fermé au public, le site a gardé quelques secrets, que l’érosion et les souvenirs des habitants dévoilent peu à peu. À présent, la Cala Culip retrouve son souffle originel, un espace de quiétude à la croisée de l’histoire locale et d’une nature redevenue sauvage.
Face à la crique, l’Île de Culleró s’impose, promesse d’une escapade en dehors du temps. Accessible à pied ou à la nage depuis la Cala Culip, elle offre une vue saisissante sur le littoral déchiqueté. Ceux qui s’y aventurent goûtent à la solitude, à l’air vif, et à la beauté d’un paysage indompté. Randonneurs et curieux y trouvent un terrain d’exploration aussi rude que fascinant. Ici, chaque détour de sentier peut surprendre : un vieux muret, la trace d’un ancien port, ou simplement le cri d’une sterne au-dessus des flots.
Le Pla de Tudela et son héritage naturel et culturel
Inscrit au cœur du Parc Naturel du Cap de Creus, le Pla de Tudela raconte une autre histoire, celle d’une renaissance. Pendant des années, les aménagements touristiques ont failli le faire basculer dans l’oubli. Mais une restauration écologique minutieuse a effacé les cicatrices, redonnant à ce paysage sa force brute.
Marcher sur le Pla de Tudela, c’est parcourir un territoire rendu à la nature : la végétation méditerranéenne reprend ses droits, les vents sculptent la roche, et la mer façonne l’horizon. La présence de Salvador Dalí plane sur ces lieux ; l’artiste, fasciné par les formes tourmentées de la pierre, a puisé ici l’inspiration de ses œuvres les plus étranges. Ses tableaux ne sont jamais loin : un rocher évoque le museau d’un animal, une anfractuosité rappelle une figure onirique. Ce dialogue constant entre art et paysage donne au site une dimension unique.
La conservation est assurée par l’intégration du site dans le Parc Naturel du Cap de Creus. Ce cadre protège à la fois la faune, la flore et un patrimoine géologique singulier, où chaque strate de roche raconte des millénaires de transformations. Loin de la foule, le Pla de Tudela se savoure en silence, à la faveur d’une lumière changeante ou d’un souffle de tramontane.
Sur les traces de Dali à la Costa Brava
Pour qui s’intéresse à Salvador Dalí, la Costa Brava prend soudain l’allure d’un carnet d’esquisses grandeur nature. Le Cap de Creus, avec ses reliefs torturés, a nourri l’imaginaire du maître surréaliste. À Tudela, l’étrangeté des formes rocheuses, façonnées par les vents et l’eau, apparaît comme une galerie à ciel ouvert.
Un exemple frappant : le tableau Le Grand Masturbateur trouve son origine dans la silhouette singulière d’un rocher de Cala Cullaró. Ici, l’érosion a dessiné des profils d’animaux, des visages, des formes qui semblent prêtes à s’animer sitôt le regard posé sur elles. Les connaisseurs reconnaîtront dans ces pierres les thèmes récurrents de l’œuvre de Dalí, distorsion, surprise, fascination pour la nature brute.
Les criques voisines, à l’image de Cala Jugadora, prolongent ce dialogue entre art et nature. Ces petits recoins, souvent accessibles seulement à pied ou par la mer, réservent à ceux qui prennent le temps de s’y attarder une expérience immersive. Marcher ici, c’est suivre la trace de Dalí, c’est tenter de saisir ce qui a éveillé chez lui cette soif d’étrangeté et de beauté âpre.
Conseils pratiques pour explorer Cala Culip et le Pla de Tudela
Pour profiter pleinement de la Cala Culip et du Pla de Tudela, mieux vaut préparer sa visite avec soin. Voici quelques recommandations pour découvrir ces lieux sans rien manquer de leur singularité :
- Rejoignez la Cala Culip à partir du phare du Cap de Creus : les sentiers balisés offrent des points de vue remarquables sur la Méditerranée et sur l’île de Culleró, facilement visible depuis la crique.
- Munissez-vous de chaussures adaptées à la randonnée : le terrain accidenté exige un minimum d’équipement, surtout si vous comptez explorer les criques voisines ou longer le littoral.
- Pour la baignade et la plongée, prévoyez masque et tuba, mais aussi une protection contre le vent : la tramontana peut rendre la mer imprévisible.
- Respectez les zones protégées : la restauration écologique du Pla de Tudela vise à conserver la flore et la faune, alors restez sur les chemins balisés et évitez de cueillir plantes ou coquillages.
- Enfin, renseignez-vous sur la météo avant de partir, surtout si vous envisagez de vous aventurer sur les rochers ou de nager jusqu’à l’île de Culleró.
En traversant ces paysages, on découvre bien plus que de simples panoramas : la mémoire de Dalí, la puissance du vent, l’écho des vagues sur la roche. Ici, la nature et l’art s’entrelacent, et chaque pas laisse le visiteur face à ce sentiment rare d’avoir touché du doigt un territoire encore indompté. À la Costa Brava, les secrets n’attendent pas d’être révélés : ils s’attrapent, fugaces, au détour d’un sentier ou dans la lumière dorée d’une fin de journée.


