À Venise, la loi ne laisse guère place à l’improvisation quand il s’agit de moteurs sur l’eau. Depuis 2015, un arrêté municipal a tranché : les gondoles ne voguent plus qu’à la rame sur le Grand Canal et la plupart des canaux historiques. Exit le moteur à explosion. Cette décision, loin d’être anodine, sert à protéger l’architecture vénitienne, mais aussi à contenir le vacarme et les émissions qui menacent l’atmosphère unique de la ville.
Les règles sont claires et les sanctions redoutées. Les gondoliers qui franchissent la ligne risquent de lourdes amendes, voire une suspension de leur permis. Quelques exceptions persistent encore, souvent réservées à des événements spéciaux ou à des urgences logistiques. Pourtant, le débat demeure vif : l’avenir écologique de la lagune se joue aussi dans ces choix de navigation.
Le canoë-kayak à Venise : entre tradition et réglementation
Venise ne se limite pas à la parade silencieuse des gondoles effleurant les façades. Depuis des années, les passionnés de canoë-kayak cherchent à s’approprier les eaux vénitiennes, à la recherche d’une expérience différente au cœur de la Sérénissime. Pourtant, l’histoire rappelle que la ville a toujours entretenu une relation intime avec les embarcations légères et la fameuse voga, cette technique de rame debout propre à Venise.
Mais glisser en kayak sur le Grand Canal reste aujourd’hui du domaine du rêve. Les autorités municipales ont imposé une réglementation stricte : seuls les bateaux traditionnels y sont acceptés, tout comme dans les environs de la place Saint-Marc. Même les kayaks, pourtant discrets, n’y ont pas leur place. Le but ? Protéger la sécurité et le ballet ancestral des gondoles. Voici ce que prévoit le règlement :
- Accès limité aux canaux secondaires
- Navigation possible uniquement hors des heures de pointe
- Distance minimale à respecter avec les professionnels de la rame
Résultat, les kayakistes sont invités à explorer les recoins moins fréquentés, là où Venise se dévoile autrement, dans le calme, loin de la rumeur touristique. Cette politique n’empêche pas la découverte, bien au contraire : elle encourage une approche plus intime, fidèle à la tradition lagunaire. Les associations locales, très attachées à la préservation de la ville, encouragent ce mode de navigation respectueux et authentique.
Quelles sont les règles à respecter pour naviguer en kayak dans la lagune ?
Prendre un kayak pour sillonner la lagune vénitienne ne s’improvise pas. La cohabitation avec les vaporetti, bateaux à moteur et embarcations de service impose vigilance et discipline, sous l’œil attentif des autorités portuaires.
La première consigne concerne les zones autorisées : impossible d’accéder au Grand Canal ou aux abords de la place Saint-Marc. Ces espaces, saturés de trafic, restent l’apanage des professionnels et des bateaux historiques. Les kayakistes doivent donc privilégier les canaux secondaires, loin des foules et des grosses embarcations.
Autre impératif : franchir les ponts exige anticipation et adresse. Il faut aussi rester à bonne distance des autres usagers, notamment des bateaux à moteur, dont le sillage peut surprendre. Les règles suivantes s’appliquent à tous :
- Éviter de naviguer trop près des palais classés
- Sortir uniquement en journée
- Portez systématiquement un gilet de sauvetage
- Respecter le sens de circulation et les priorités sur l’eau
La lagune se partage : chaque kayakiste a la responsabilité de limiter son impact sur la faune et la flore. Naviguer en silence, loin du vacarme des axes principaux, permet de découvrir des îles et des canaux oubliés, sous réserve de respecter à la lettre cette réglementation. Cette approche donne accès à une Venise rare, préservée des foules et du tumulte motorisé.
Navigation douce ou impact écologique : quels enjeux pour la Sérénissime ?
La lagune vénitienne ne traverse pas une simple crise passagère. La multiplication des bateaux à moteur bouleverse l’équilibre de la cité, autrefois rythmée par la lenteur des rames et la discrétion des gondoles. Les professionnels de la rame voient d’un œil inquiet la montée en puissance des engins motorisés. La tension monte : faut-il privilégier la navigation douce ou céder à la vitesse moderne ?
Les dégâts ne se limitent pas au bruit. Le passage répété des bateaux motorisés accélère l’érosion des berges, dérange les fonds, fragilise l’écosystème. Les défenseurs du patrimoine multiplient les alertes : trop de moteurs menacent la stabilité des palais et mettent en péril la préservation des îles.
Les défis contemporains
- Préserver l’identité vénitienne malgré la pression touristique
- Réduire la circulation motorisée dans les zones sensibles
- Remettre à l’honneur la navigation traditionnelle et la voga alla veneta
La question agite la ville : faut-il interdire le moteur dans certains secteurs emblématiques ? Sanctuariser certains canaux ? Le débat reste ouvert. Une chose est sûre : la sauvegarde du patrimoine aquatique de Venise ne tolère aucun relâchement.
Découvrir Venise autrement : des alternatives responsables au kayak
Venise attire aujourd’hui des visiteurs à la recherche d’expériences plus respectueuses que la location de kayak ou la classique balade en gondole. La voga alla veneta, rame debout à la vénitienne, séduit un public en quête d’authenticité. Plusieurs écoles, situées non loin de la place Saint-Marc, proposent des initiations. Les guides, souvent héritiers de la tradition locale, révèlent une Venise paisible, éloignée du bruit des moteurs et du flux des touristes.
D’autres options voient le jour :
- Apprentissage de la voga auprès d’un rameur local
- Sorties en barques lentes sur les canaux secondaires
- Découverte du patrimoine fluvial sans pollution ni vacarme
Les voyageurs attentifs privilégient désormais la location de barques traditionnelles, les balades en sandolo ou topa, ces embarcations typiques des quartiers populaires,, toujours à la rame ou, parfois, à l’aide d’une propulsion électrique discrète. Ce choix préserve l’écosystème et permet de s’aventurer dans les méandres des petits canaux, à l’abri du tourisme de masse.
Ce mouvement discret réinvente la relation entre visiteurs et lagune. Les Vénitiens y voient une façon de sauvegarder l’esprit de leur ville tout en partageant leur art de vivre. Venise, alors, se donne à voir autrement, loin des clichés, au fil de l’eau, dans la lenteur retrouvée.

